22/04/2014

L' État De L'Afrique En 2070: Quand La Finance Devient Un Enjeu Géopolitique

L' Afrique en 2070Nous sommes en 2070 : l’Afrique maintient une croissance économique insolente et largement plus forte que celle constatée dans n’importe quelle autre région du monde et est arrivée au stade de la société de consommation. 80 % de ses échanges commerciaux sont effectués avec la Chine, l’Inde et le Brésil, les trois premières puissances économiques du monde. Tous les pays africains semblent avoir suivi le chemin du Botswana, du Ghana et de l’Ile Maurice qui figurent aux rangs de nations précurseurs sur le continent en matière de démocratie. La Centrafrique a définitivement tourné la page de son conflit intracommunautaire et inter-religieux et tout le monde se bouscule pour investir dans ce pays.
Mais derrière ces nouveaux pôles de stabilité politique et de prospérité, se cache une autre réalité bien surprenante : Les Etats sont tous cotés en Bourse comme n’importe quelle société ! Les citoyens sont actionnaires de leur propre pays.

Et ce qui devait arriver arriva…


McKenson Invest en 2070
Au 120ème étage de  l’une des huit tours en verre poli au sein du Continental Trade Center, le nouveau centre d’affaires à Bangui, la capitale de la Centrafrique, la fin de semaine s’annonce sans histoire pour Kenneth, le Chairman de McKenson Invest société de courtage en ligne qui permet aux investisseurs un accès direct à toutes les Bourses des Valeurs situées dans le reste du continent . Encore deux clients de Chine à traiter et Kenneth pourra embarquer sur le WaveRider III, un avion hypersonique de dernière génération pouvant atteindre Mach 9,6, soit près de cinq fois la vitesse du Concorde, pour rejoindre son domicile situé à Cape Town, le centre législatif de l’Afrique du Sud, en 30 minutes:
Kenneth à son interlocuteur invisible : « Oui, je vous conseille d’acheter une centaine d’Actions IdreamGroup, une start-up camerounaise cotée à la Douala Stock Exchange qui commercialise le PWCS (Polyvalent Wireless Communication System), une technologie utilisant les hyperfréquences et se présentant comme « une fibre optique à travers les airs ». Je suis convaincu que cette valeur réalisera une meilleure performance que celle de l’indice de référence sur le marché. Mais je vous conseillerais plutôt… »


Bourse des Valeurs
Kenneth n’a pas le temps de débiter ses arguments commerciaux l'un après l'autre sur un ton monocorde que son fidèle Smartphone, lui permettant  de payer sans sortir son portefeuille ou démarrer sa voiture à distance, émet un bruit extrêmement sonore, avant d’être secoué de tremblements comme une vieille dame parkinsonienne. Aussitôt, il se met à tripoter nerveusement des objets dans la poche intérieure de son pantalon et en ressort l’appareil hurlant et vibrionnant, provoquant la colère de ses collègues associés.

« Merde, merde » lache t-il nerveusement, sans se rappeler que l’un des Chinois est toujours au bout du fil. Parvenant enfin à appuyer sur la touche salvatrice, il voit le visage familier de Neo, un présentateur virtuel et personnage sorti tout droit de la trilogie Matrix, se dessiner en trois dimensions :

« La cotation de l’Action « Centrafrique » est suspendue sur le Treasure Stock Market, le marché officiel des Actions d’ Etats ». Kenneth n’en croit pas ses oreilles. Suspendre l’Action « Centrafrique », l’une des valeurs les plus liquides du monde !

« Ce n’est pas vrai, c’est une blague » pense t-il à haute voix. « Un coup à me faire rater mon train pour Accra ».

Mais la suite du message lève toute ambiguïté:

« L’Etat Français lance une Offre Publique d’ Echange sur l’Etat Centrafricain, poursuit sans aucune émotion Neo, à raison de trois Actions « Centrafrique » pour deux Actions « France » ».

Quelques minutes plus tard, la valeur de l’Action « Centrafrique » a déja gagné la bagatelle de 150 %, mieux que l’indice Dow Jones ses 25 Etats les plus industrialisés !!!

Cotation en Bourse
«  Mais ils n’ont pas le droit » s’exclame Kenneth dans l’immense salle cathédrale de Mckenson Invest où tous les employés connaissent la nouvelle. C’est la guerre qu’ils veulent ! “

« Toute de suite les grands mots », s’exclame Jamel, un Algero-Marocain, qui a fait de la vente d’Actions européennes son dada. « La France a agi de la même façon avec Monaco l’an dernier, avec l’appui des coureurs automobiles et des joueurs de tennis qui ont apporté en masse leurs titres à l’Offre. Et tout le monde s’en fichait ! »

« Oui mais là, on s’interresse à la valeur de l’Action « Centrafrique » juste pour ses gisements pétroliers explorés à Bangassou et Bossangoa, deux autres villes du pays » poursuit Kenneth.

« Arrête tes conneries, s’énerve Jamel. Et l’Angleterre, tu te rappelles ? Elle n’y est pas allée de main morte non plus en avalant les Actions «  Irlande » pour ses informaticiens renommés. Et l’Etat turque qui n’a pas hésité une OPA hostile sur la valeur « Grèce » et obtenir des plus-values grâce aux très beaux sites touristiques grecques. Je ne te parle même pas de la Russie qui louche sur les Actions « Ukraine » sous-évaluées en regard de l’immense réserve de gaz naturel chez son voisin slave. »

« Peut-être, réitère  Kenneth, mais lancer une OPE sur la Centrafrique, le jour anniversaire de l’indépendance, si tu n’y vois pas un désir de revanche, c’est que tu as de la purée dans les yeux. On a eu la guerre esclavagiste, puis la guerre coloniale et la guerre économique. Maintenant, c’est la guerre boursière !!! L’OPA sur le Rocher, c’était de la gnognote, même si elle a conduit au chomage  toute la famille régnante. Et notamment ce pauvre prince Hubert. Mais Aujourdh’ui, l’enjeu est différent. En plus, je n’ai aucune envie de garder la nationalité française !!! »

« Pourquoi tu dis ça, s’étonne Jamel ? »

« Eh bien je te rappelle qu’en cas de réussite de l’Offre, on vire le président de Centrafrique et le gouvernement en place … »  explique Kenneth.

« Ce ne serait pas un mal, se réjouit Jamel, vu la gestion actuelle des deniers publics, qui ne répond pas franchement aux critères du ” Corporate Governance” »

« Mais tous les habitants du pays acquièrent ensuite la nationalité du pays prédateur » rencherit Kenneth.

« Et alors! C’est la mondialisation, poursuit Jamel. Les sociétés fusionnent sans se préoccuper des frontières. Je ne vois pas pourquoi les pays ne fusionneraient entre eux. Mes arrières-grands-parents étaient congolais et j’ai épousé une Egyptienne. Alors tu sais les nationalités… »

« Mouais, eh bien mon arrière-grand-père, lui, n’a pas un souvenir très heureux de son séjour en France en tant qu’immigré…si tu vois ce que je veux dire » dit Kenneth, amer.

« De toute façon, le marché est très sensible au flottant de l’Action « Centrafrique », souligne Jamel. D’autant que la République Démocratique du Congo et l’Ouganda, qui détiennent 3 % des titres, viennent déclarer qu’elles répondent favorablement à l’Offre. En attendant, je te signale à toute fin utile que ton investisseur chinois gueule au téléphone !

” Merde, la Chine!” S’exclame Kenneth

   
Cabine d'un avion supersonique
Il se précipite vers son poste de travail, qui ressemble à l’intérieur d’une cabine de pilotage d’une navette spatiale. Mais à l’ instant où il saisit le combiné, son inséparable Smartphone pousse à nouveau un cri aigu en dansant la Salsa, laissant présager une nouvelle de la plus haute importance :

« Bonjour, ceci est un flash d’information. L’OPE de la France sur la Centrafrique a suscité une vive émotion dans le monde. L’Afrique du Sud, le Nigéria et le Botswana, membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, ont manifesté leur consternation. Haïti, le Sénégal, la Cote d’ Ivoire et de Nouveaux Pays Indépendants tels que la Guadeloupe, la Réunion et la Martinique, qui ont augmenté leurs parts de 15 à 30 % dans le capital  de la Centrafrique après un ramassage important au cours des dernières semaines, ont annoncé qu’ ils n’ apporteraient pas leurs Titres. Dans ces conditions, la France qui rappelle que son Offre présentait un caractère amical, a décidé d’annuler l’Opération »
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Neo esquisse un ultime sourire avant de disparaitre dans une autre dimension. « Bonne fin de journée »

Kenneth en reste confondu. L’OPE a échoué. A la vitesse d’un avion hypersonique. Grâce à la diaspora africaine qui, visiblement au parfum, a débarqué et ramassé en Bourse à tour de bras. Un délit d’initiés en somme. Pour l’ heure, Kenneth ne pense plus qu’à rattraper son avion pour rejoindre son domicile. Ce week-end ne sera pas du luxe. Car ce Lundi, dès l’ouverture, la séance s’annonce chaude sur la Treasury Stock Market….

Une histoire inspirée d’une autre fiction financière.




Pour aller plus loin :




Harley McKenson
Fondateur de www.McKenson-Invest.com